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Analyse 15.02.2013

E-Santé, Médecine 2.0 : C’est déjà demain, docteur ?

Le patient lambda – âgé dans presque un tiers des cas de 70 ans et plus – voit peu de choses de la révolution numérique promise, bien qu’il y ait eu l’avènement de la carte vitale contribuant à la simplification des remboursements, ou encore le reflex de googeliser, quand une maladie, un diagnostic, un traitement croise le chemin du patient…
En France, Doctissimo - site phare de l’univers qui revendique plus de 9 millions de visiteurs uniques par mois - est la preuve de cet engouement, même si une minorité seulement des posts de ce site est consacrée aux thèmes santé à proprement parler.

Or, cela n’est bien entendu que la partie émergée de l’iceberg. L’impact du numérique sur l’exercice de la médecine, déjà considérable, va changer la prise en charge des pathologies, voire profondément bouleverser notre rapport à la santé. Le numérique est ainsi en train de se rendre indispensable à toutes les étapes.

- Le numérique via l’intelligence collective du crowdsourcing pourrait jouer un rôle clé dans le développement des médicaments : le travail de milliers de serious gamers a déjà permis d’identifier une structure moléculaire utile dans le développement d’un produit contre le HIV.

- Google même peut être mis à contribution pour un suivi épidémiologique des infections : la comptabilisation des clicks pour une pathologie donnée en est un excellent indicateur.

- La télémédecine, permettant de connecter à distance des professionnels de santé entre eux et avec les patients, s’inscrit dans cette logique plus collaborative, plus coordonnée et, à terme, probablement plus efficiente. Dans l’idéal, elle permettrait à tous les patients, indépendamment de leur répartition géographique, un accès aux meilleurs soins ; et pourrait aider à surmonter la problématique de la désertification médicale, de la baisse d’effectifs dans certaines spécialités, et du vieillissement de la population.

- A l’hôpital comme en ville, des capteurs embarqués vont bientôt suivre les paramètres physiologiques du patient à chaque instant, alerter et procéder à des correctifs, pour assurer ainsi une prise en charge en continue. Dans certaines pathologies chroniques, de telles transmissions se font déjà de manière assez routinière, pour vérifier le bon fonctionnement d’un pacemaker par exemple, ou pour suivre les courbes de glycémie chez le patient diabétique.

- L’Internet, au-delà de la consultation rapide, est en voie de devenir un véritable outil d’ « empowerment » des patients, permettant à ceux qui le souhaitent d’acquérir une expertise de leur pathologie, et d’échanger avec d’autres patients, via, entre autre, des plateformes dédiées (Carenity, EntrePatients, CareVox…). Les médecins auront donc en face d’eux de plus en plus de patients informés et compétents.

Autant d’opportunités, autant de challenges. La télémédecine demande la coordination de toutes les instances et des investissements importants - la question des arbitrages budgétaires en temps de crise hospitalière reste entière.
Quant au patient, le patient e-santé / médecine 2.0. risque fort d’être un patient exigeant, voire dérangeant : les professionnels de santé sont-ils tous prêts à intégrer ce changement de paradigme de la relation patient - médecin ?


Pour aller plus loin : Ethique dans les usages du numérique en santé

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